BaridiMob est, de loin, le moyen de paiement mobile le plus largement adopté en Algérie, bâti sur l'infrastructure des comptes postaux CCP d'Algérie Poste. Toute plateforme de séquestre qui souhaite une adoption réellement massive en Algérie doit le prendre en charge — non pas comme une rustine ajoutée après coup à un système pensé autour des paiements par carte, mais comme un rail de règlement à part entière, avec les mêmes garanties de fiabilité que n'importe quel autre moyen de financement. Voici l'histoire technique de la construction de ce pipeline.
Le principal défi consistait à réconcilier deux systèmes reposant sur des philosophies de conception fondamentalement différentes. Le registre de séquestre de Thiqaty est construit autour de transitions d'état atomiques et immédiatement cohérentes : une transaction passe de « financée » à « livrée » puis à « libérée » à travers des étapes discrètes et signées cryptographiquement, et chaque changement d'état doit être traçable et irréversible. Les virements BaridiMob, en revanche, impliquent une fenêtre de règlement — un virement est initié, confirmé par l'expéditeur, puis se règle sur le compte du destinataire, avec des rappels de confirmation qui n'arrivent pas toujours dans l'ordre où ils ont été déclenchés.
Notre première décision de conception a été de traiter chaque transaction BaridiMob comme un événement externe que notre système observe et réconcilie, plutôt que comme une opération entièrement contrôlée de bout en bout par Thiqaty. Lorsqu'un acheteur finance un séquestre via BaridiMob, Thiqaty génère une référence de paiement unique liée à cet accord de séquestre spécifique, et l'acheteur effectue le virement depuis sa propre application BaridiMob en utilisant cette référence. Notre système interroge ensuite en continu la confirmation de règlement correspondante, la rapproche de la référence et du montant attendus, avant de marquer le séquestre comme financé.
Cette approche de rapprochement par référence a résolu le problème d'ordonnancement, mais en a introduit un nouveau : que se passe-t-il si une confirmation est retardée, dupliquée, ou n'arrive jamais en raison d'un problème réseau côté Algérie Poste ? Nous avons construit une couche de réconciliation qui s'exécute à intervalle fixe, croisant les accords de séquestre Thiqaty en attente avec les registres de règlement de BaridiMob, avec un traitement idempotent afin qu'une confirmation dupliquée pour un séquestre déjà réglé soit ignorée en toute sécurité plutôt que de créditer le compte deux fois.
La latence a constitué la contrainte technique majeure suivante. Les utilisateurs s'attendent à ce qu'un séquestre apparaisse comme financé quelques instants après avoir effectué un virement BaridiMob, et non plusieurs minutes plus tard. Nous avons construit un modèle de confirmation hybride : une confirmation « souple » immédiate dès que l'acheteur indique dans l'application Thiqaty que le virement a été envoyé (ce qui débloque un ensemble limité d'étapes suivantes, comme informer le vendeur que le financement est en cours), suivie d'une confirmation « ferme » une fois que la couche de réconciliation vérifie le registre de règlement correspondant côté Algérie Poste. Les fonds ne sont libérés au vendeur qu'après cette confirmation ferme, préservant ainsi la garantie fondamentale que l'argent en séquestre est un argent réellement réglé.
La sécurité a exigé une approche tout aussi rigoureuse. Chaque référence de paiement BaridiMob générée par Thiqaty est à usage unique et liée cryptographiquement à un identifiant d'accord de séquestre, un compte acheteur et un montant spécifiques, ce qui empêche qu'une référence soit réutilisée pour une autre transaction ou rejouée par un acteur malveillant qui l'intercepterait. La génération, le rapprochement et la réconciliation des références sont tous enregistrés sur le même registre immuable qui consigne chaque autre changement d'état du séquestre, de sorte qu'un séquestre financé via BaridiMob bénéficie exactement de la même auditabilité qu'un séquestre financé par carte.
Nous avons également dû concevoir le système pour les modes de défaillance propres à un rail de paiement adossé à une infrastructure postale : connectivité intermittente dans certaines régions, délais de règlement occasionnels en période de forte affluence, et le fait que les confirmations BaridiMob nécessitent parfois une action manuelle de l'utilisateur (rouvrir l'application, rafraîchir un écran) avant que l'état du virement sous-jacent ne se mette à jour. Plutôt que de traiter ces situations comme des cas limites à corriger après coup, nous avons intégré des états explicites dans le cycle de vie du séquestre — « paiement en attente de confirmation » est un statut à part entière, visible par l'acheteur comme par le vendeur, plutôt qu'un détail d'implémentation interne masqué derrière un simple indicateur de chargement.
Le résultat, après des mois de tests sur des schémas de trafic BaridiMob réels, est un pipeline de règlement qui permet à n'importe quel Algérien disposant d'un compte CCP et de l'application BaridiMob de financer une transaction en séquestre aussi facilement que d'envoyer de l'argent à un ami ou à un proche — tout en offrant à Thiqaty les mêmes garanties cryptographiques en matière de conservation des fonds et de résolution des litiges que celles fournies pour les paiements par carte CIB et Edahabia. Étant donné que BaridiMob est l'outil financier principal d'une part très importante des Algériens qui ne détiennent pas de compte bancaire lié à une carte, ce pipeline est sans doute ce qui rend Thiqaty réellement utilisable par la majorité du pays, et non uniquement par le segment de la population ayant déjà accès à une carte bancaire.
Concevoir pour l'infrastructure de paiement réelle de l'Algérie — plutôt que de supposer que les rails bancaires classiques sont universels, comme le font de nombreux produits de séquestre initialement pensés pour d'autres marchés — est, à notre sens, la seule manière de construire une plateforme de séquestre qui serve véritablement le marché algérien, plutôt que de simplement y opérer.
Yassine Boudiaf
Ingénieur backend senior chez Thiqaty
